Une équipe internationale vient de détecter de la phosphine dans les nuages de Vénus. Ce gaz sur terre est uniquement fabriqué industriellement ou par des organismes extrêmophiles. Est-ce le signe qu’une forme de vie existe sur l’Étoile du Berger? Le débat est ouvert.

C’est un pavé dans la mare : la découverte de phosphine dans l’atmosphère de Vénus ne manquera pas de susciter le débat dans la communauté scientifique et, qui sait, de relancer les recherches sur la petite planète longtemps délaissée. Vénus, l’Étoile du Berger dans le ciel, c’est cette planète tellurique de la taille de la Terre mais qui diffère en de nombreux points. Il ne fait pas bon y vivre !

Plus proche du Soleil que la Terre, sa température de surface est de plus de 450° et la pression équivaut à celle ressentie 900 m sous l’eau en raison d’une atmosphère très épaisse. Elle est composée à 95 % de dioxyde de carbone et 3,5 % d’azote. En altitude, des nuages opaques constitués de gouttelettes de dioxyde de soufre et d’acide sulfurique, rendent l’environnement particulièrement corrosif . Ce sont eux qui donnent au voile qui l’entoure sa couleur jaunâtre et bloquent le passage des rayons solaires.

Cet environnement hostile a empêché jusqu’ici d’étudier de façon rapprochée Vénus : les instruments électroniques des sondes spatiales n’y résisteraient pas. C’est en l’observant en ondes radio avec le télescope James Clerk Maxwell à Hawaï qu’une molécule rare est apparue : la phosphine. Ce gaz est composée d’un atome de phosphore et trois d’hydrogène. “Il est présent dans l’atmosphère de Jupiter et Saturne, riche en hydrogène. Sur Terre, on la trouve en très petite quantité et elle est d’origine biologique. Ce sont des organismes extrêmophiles qui sont capables de la produire en petite quantité”, précise Emmanuel Marcq, maître de conférence à l’Université Versailles-St Quentin.

“Quand nous avons eu les premiers indices de phosphine dans le spectre de Vénus, ce fut un choc”, s’exclame Jane Greaves, chef d’équipe de l’université de Cardiff au Royaume Uni.  C’est, pour Emmanuel Marcq, maître de conférence à l’Université Versailles St-Quentin, une surprise car “l’atmosphère de Vénus devrait dégrader chimiquement la phosphine en d’autres molécules” Les astronomes ont ensuite confirmé la présence de phosphine grâce aux 45 antennes paraboliques du télescope européen ALMA de l’ESO, installé au Chili. Ce télescope de l’Atacama pointe habituellement le rayonnement des objets les plus froids de l’univers.  Les longueurs d’ondes qu’il étudie sont millimétriques ou submillimétriques et se situent entre le rayonnement infrarouge et les ondes radio. 

L’équipe a bénéficié de conditions météo optimales dans le désert de l’Atacama. “Cependant”, précise Anita Richards, membre de l’équipe britannique d’ALMA, “le traitement des données était délicat car ALMA ne recherche généralement pas d’effets très subtils dans des objets très lumineux comme Vénus”. Avec les deux télescopes, les astronomes ont vu la signature de la phosphine dans une longueur d’onde spécifique car dans l’atmosphère de Vénus, tout atome de phosphore est forcément oxydé.

Les quantités détectées sont faibles : une vingtaine de molécules par milliard dans les nuages de haute altitude de Vénus. Cela a conduit l’équipe à chercher son origine. Elle a effectué des calculs pour voir si ces quantités pouvaient provenir de processus naturels non biologiques sur la planète. 40 voies de fabrication “chimiques” de la phosphine ont été étudiées : la lumière du Soleil, les minéraux soufflés vers le haut depuis la surface, le volcanisme ou encore la foudre… Au mieux, ces sources non biologiques fabriquent un dixième de la quantité détectée par les télescopes, expliquent les auteurs de la publication parue dans Nature Astronomy.

Puisque qu’aucun des scénarios chimiques ne peut expliquer la quantité détectée, il faut donc chercher ailleurs l’origine de ce gaz. Les chercheurs n’excluent pas le résultat d’une photochimie ou géochimie inconnue, mais ils penchent pour une origine biologique, par analogie à ce qui existe sur Terre. Les extrêmophiles terrestres connus n’auraient besoin de travailler qu’à environ 10% de leur productivité maximale.

Pour Emmanuel Marcq, la découverte est intéressante parce qu’elle ne manquera pas de susciter le débat entre scientifiques. “_Cet article demanderait confirmation avec d’autres moyens de détection_. Pour l’instant la détection repose sur la présence d’une seule raie dans le domaine des ondes radio”, explique t-il. “Il faut voir si elle est confirmée par une observation dans l’infrarouge, une technique où les gaz possèdent chacun une signature spectrale spécifique. Cela lèverait toute ambiguïté.”

Selon lui, “si on n’arrive pas à expliquer par des réactions chimiques la production du gaz, il faudra ouvrir la porte à l’hypothèse d’une production biologique, c’est à dire de forme de vie extrêmophile vivant dans les gouttelettes des nuages de Vénus”.  Il prédit un engouement des équipes et un “feuilleton” proche de celui du méthane sur Mars. Depuis 20 ans, télescopes, satellite et robots découvrent en effet régulièrement du méthane sur la planète rouge, mais la sonde européenne TGO, Trace Gas Orbiter, spécialement conçue pour le quantifier n’a toujours rien vu…

La recherche de la vie sur d’autres planètes que la Terre est un Graal qui a motivé beaucoup de recherches et explique l’attirance de Mars. Le méthane, autre traceur de vie a suscité beaucoup d’enthousiasme et l’attention s’est focalisée sur la planète rouge, au détriment d’autres sujets. Vénus, qui a fait l’objet d’une compétition entre Russes et Américains et été survolée par une trentaine de sondes spatiales dans les années 60 à 80, a ensuite été délaissée au profit de la planète rouge. Depuis 1985, trois missions seulement ont été financées dont Venus Express par l’Agence Spatiale européenne. 

Source: https://www.franceinter.fr/sciences/venus-est-elle-une-planete-vivante

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World news – FR – Vénus est-elle une planète vivante ?

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