S’aimer comme on se confine : « Il n’avait pas envie de venir et maintenant on va rompre »

En plein confinement, le jeu vidéo emblématique de Microsoft sorti en 1999 a semblé faire un étonnant retour – nourri par l’expérience d’une communauté de joueurs en ligne qui n’a jamais cessé d’être active. Ce regain de popularité leur donne l’espoir de voir les compétitions du jeu se professionnaliser.

Près de vingt et un ans après sa sortie, le jeu Age of Empires II pourrait bien connaître sa meilleure année : avec la sortie d’Age of Empires II : Definitive Edition en novembre 2019, qui a précédé le confinement d’une bonne partie de la planète, sa popularité a explosé. En avril, ce jeu emblématique de la fin des années 1990 faisait partie des meilleures ventes sur la plate-forme Steam ; il comptait près de 34 000 joueurs actifs.

Si pour certains ce regain d’intérêt est surtout un effet de mode, poussé par la nostalgie et les circonstances, d’autres y voient le début d’une nouvelle étape. De nombreux joueurs semi-pro et passionnés d’Age of Empires II imaginent désormais un jeu en ligne capable de générer des compétitions, des équipes, des ligues ou des tournois, dans la lignée de ce qu’ont pu créer les plus grosses licences d’e-sport (League of Legends, Overwatch, Fortnite, etc.).

En octobre 1999, lorsque Ensemble Studios et Microsoft sortent le deuxième opus de la franchise Age of Empires, intitulée The Age of Kings, le jeu est alors, déjà, un énorme succès. S’inspirant d’autres jeux de stratégie sur PC comme Civilization ou Warcraft II, il place le joueur face à l’objectif de faire évoluer une civilisation, développer son armée, découvrir des territoires et conquérir les cités ennemies. En janvier 2000, soit trois mois après sa sortie, Microsoft annonce avoir mis en vente 2 millions de copies. En France, aux Etats-Unis ou même en Corée du Sud, le jeu se classe numéro un des ventes.

A cette époque, la compétition en ligne n’était pas un aspect privilégié dans le développement d’un jeu, comme l’explique William Partin, doctorant travaillant sur l’industrie du sport électronique : « Le plus courant était de sortir un jeu, puis un pack d’extension, et parfois vous aviez un outil bonus pour jouer en ligne. L’aspect compétitif d’Age of Empires II n’était pas vraiment une priorité pour Microsoft. »

En 1999, pourtant, les jeux de stratégie en temps réel sont alors les maîtres dans les compétitions de PC qui se déroulent « en ligne » : sur Internet, ou surtout, en réseau local, avec des ordinateurs connectés directement entre eux. Age of Empires II a réussi à devenir l’un des titres de stratégie le plus joué lors de certaines compétitions internationales : entre les années 2000 et 2002, des tournois d’Age of Empires II étaient ainsi organisés lors du World Cyber Games, un évènement mondial surnommé les « Jeux olympiques des jeux d’ordinateur ». En 2001, Microsoft a tenu un tournoi mondial d’Age of Empires II aux Etats-Unis, où le vainqueur remporta près de 100 000 dollars de récompense.

Mais Age of Empires II ne connaîtra pas ensuite le même destin que son aîné Starcraft. Sorti en 1998, le jeu développé par Blizzard Entertainment a eu un succès compétitif tel qu’il a lancé les prémices d’une scène e-sport en Corée du Sud.

En dehors des tournois en réseau local, les conditions pour accéder à des tournois en ligne pour les joueurs d’Age of Empires II étaient difficiles à réunir : malgré sa présence sur quelques plateformes de jeu en ligne tels que Game Zone ou Gamespy, le jeu a du mal à trouver son public sur Internet. « Il fallait avoir une connexion stable, et un ordinateur capable de ne pas crasher en pleine partie. Ce n’était pas si courant à la fin des années 1990 », rappelle William Partin.

« Si le jeu a pu survivre durant toutes ces années, c’est grâce au travail de gens passionnés », se rappelle Daniel Molina

Après quelques années, on aurait pu s’attendre à ce qu’Age of Empires II finisse sa vie dans une pochette jaunie posée sur une étagère, à prendre la poussière. Mais une petite communauté de joueurs passionnés a continué ses parties, et fait vivre des compétitions en ligne de façon confidentielle. Ceci grâce « au travail de gens passionnés qui ont bricolé des outils pour nous permettre d’organiser des compétitions ou même simplement de les regarder », se rappelle Daniel Molina, un commentateur d’Age of Empires II plus connu sous le pseudo de Memb.

Autre passionné de la première heure, Matthew Turkman, désormais gestionnaire de communauté pour les studios Forgotten Empires, se souvient : « La scène compétitive était principalement financée par les joueurs eux-mêmes. Si la communauté voulait voir deux joueurs de très haut niveau s’affronter, ils mettaient deux cents dollars en jeu et organisaient un match. C’était aussi simple que ça. »

En 2013, Age of Empires II ressort en haute définition, ce qui lui permet de redevenir légèrement d’actualité. Une équipe de développeurs et de fans inconditionnels en profitent pour créer une extension non officielle du jeu, appelée The Forgotten. Avec l’ajout de cinq civilisations et de nouvelles campagnes, l’extension est un immense succès dans la communauté. Rapidement, elle atteint les 900 000 téléchargements.

« Cela a coupé le souffle à tout le monde. Il n’y avait jamais rien eu de tel depuis la dernière extension Age of Conquerors, en 2000, souligne Matthew Turkman. Le studio Forgotten Empires s’est alors rapproché de Microsoft pour proposer une nouvelle édition du jeu, qui permettrait à la fois de régler certains problèmes techniques et de rassembler toute la communauté sur une même plate-forme en ligne. Pour faire ça, on avait déjà dix années d’expérience derrière nous. C’est comme ça qu’on a sorti, en novembre 2019, la Definitive Edition. »

Pour de nombreux joueurs amateurs ou semi-professionnels, l’arrivée de cette nouvelle version change la donne : pour la première fois, des compétitions en ligne sont possibles, directement sur la plate-forme du jeu au moyen de l’application Steam. Cette version sonne aussi le retour du géant Microsoft dans la production du jeu vidéo et de sa version en ligne , une « étape cruciale », note Matthew Turkman.

Le confinement profite également à ce nouvel élan pour Age of Empires II, que la Definitive Edition permet d’accompagner en évitant aux joueurs de 2020 de souffrir de défauts techniques rédhibitoires, ou d’un aspect trop vieillot. Résultat, explique Matthew Turkman : « Quand la Definitive Edition est sortie tout s’est emballé. On a eu plus de joueurs, plus de reconnaissance et donc plus de financements. »

« A l’international, lors des grands tournois on n’avait jamais plus de cent personnes sur nos vidéos en direct. Maintenant, on peut parfois aller jusqu’à vingt mille ou trente mille spectateurs, détaille Arthur « Sitaux » Alauzen, un des meilleurs joueurs français. C’est fou de se dire ça quand pendant cinq ans on est resté avec la même petite communauté et que là tout a changé. »

D’autres entreprises que Microsoft perçoivent en effet le regain d’intérêt : en mai, Red Bull a lancé son propre tournoi d’Age of Empires II, le « Red Bull Wololo » (du nom d’un des gimmicks les plus connus du jeu), promettant au vainqueur du tournoi 30 000 dollars (un peu plus de 25 000 euros) de récompense. Fort du succès de cette compétition, une deuxième édition a été organisée du 7 au 23 août.

Même si les tournois ne sont plus financés exclusivement par les fans et que certains sponsors s’intéressent à la scène, Age of Empires II reste loin des géants de l’e-sport. A ce jour, seules les vidéos issues du jeu publiées sur YouTube ou diffusées sur des plates-formes de vidéos en direct (comme Twitch) permettent en effet de faire vivre les joueurs semi-professionnels.

« Ce qu’il se passe aujourd’hui nous donne forcément un peu d’espoir », explique Hamzah « Hera » El-Baher, réputé comme étant un des meilleurs joueurs d’Age of Empires II. « Mais tant que l’on n’est pas capable d’avoir des joueurs professionnels qui gagnent leur vie grâce à la compétition, on ne peut pas parler d’e-sport », nuance-t-il.

« Le problème c’est qu’en plus d’être relativement peu financé, le jeu en lui-même est très difficile. Il faut parfois des mois de jeu avant de pouvoir se considérer comme débutant. Donc même si la communauté a doublé, voire triplé cette année, il y a toujours très peu de personnes qui viennent menacer le haut du classement. »

« Il y a de plus en plus de tournois financés par des sponsors », estime le joueur Sitaux

« Je pense que les choses vont changer, estime, de son côté, le joueur français Sitaux. On voit beaucoup d’anciens joueurs de StarCraft arriver ; il y a de plus en plus de tournois financés par des sponsors ; et Microsoft s’occupe bien du jeu. En France, on a aussi beaucoup plus de visibilité auprès des influenceurs. » En avril, un tournoi était ainsi organisé par Adrien « Zerator » Nougaret : un streameur très connu dans le milieu des jeux vidéo.

Pourtant, il y a peu de chances que ce titre en tant que tel réussisse à se faire une place au panthéon des jeux compétitifs professionnels, selon le spécialiste William Partin : « On ne peut pas forcer un jeu à devenir un e-sport. Et si leur objectif est d’atteindre le même succès que League of Legends ou Counter Strike, ils risquent d’être déçus. »

Pour beaucoup de joueurs, l’élan des derniers mois n’est qu’une première étape avant la sortie du prochain opus de la licence, Age of Empires IV.

Développé par Relic Entertainment et annoncé pour 2021, le titre pourrait consacrer la série comme incontournable des jeux en ligne compétitifs. Même s’il se fait jusqu’ici plutôt discret. « On ne sait pas grand-chose du jeu qui va sortir, explique Hera, mais je pense que la Definitive Edition était une sorte de test pour voir à quel point le jeu pouvait générer de l’audience. »

Pour le Canadien, l’arrivée d’une nouvelle communauté de joueurs, attirés par un nouveau jeu, pourrait « faire perdre le côté intimiste et fait maison que l’on a créé pendant des années ». « Après plus d’une vingtaine d’années, c’est toujours difficile de faire évoluer une communauté », prévient-il – tout en concédant que « le changement est bénéfique pour la compétition ». Ce sera aussi le prix à payer pour espérer pouvoir vivre complètement de sa passion : en remportant des compétitions d’Age of Empires.

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Source: https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/08/30/jeux-video-plus-de-vingt-ans-apres-sa-sortie-age-of-empires-ii-a-la-conquete-de-l-e-sport_6050364_4408996.html

World news – FR – Jeux vidéo : plus de vingt ans après sa sortie, « Age of Empires II » à la conquête de l’e-sport

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